ON NE REGARDERA PLUS LES CHEMINOTS COMME AVANT !

Accueillir des artistes et s’engager à réunir les conditions nécessaires à une création originale constituent, lors de chaque résidence, une rencontre particulière.
Les différentes disciplines artistiques sont autant de sensibilités singulières pour approcher l’univers du train, celui des cheminots et des usagers. Chaque rencontre entre le monde du travail et celui de la création artistique bouscule les idées reçues et renouvelle les regards. Elle est un enrichissement mutuel toujours fécond.

Peu de films documentaires proposent un regard sur le travail en donnant la parole à ceux qui produisent. C’est le sens même de cette résidence artistique autour du cinéma. Sans doute sa réussite...


« Le cinéma est un passeur », expliquent souvent Luc Joulé et Sébastien Jousse. Les trois années de leur résidence ont pleinement permis cette rencontre entre un univers très « ordonnancé » et des artistes qui ont voulu révéler, dans un même mouvement, un regard nouveau sur un milieu professionnel en pleine évolution et les liens, les résonances avec la société.

Loin des images passéistes – voire un peu désuètes – que renvoie, à quelques exceptions près, le cinéma, cette Résidence a permis d’aborder, de manière sensible, les questions sociales que posent les transformations du monde ferroviaire. Un questionnement d’autant plus nécessaire qu’il concerne, au-delà des seuls cheminots, chaque citoyen.

Au fil des premières projections, deux réflexions se sont dégagées : « On ne regardera plus les cheminots comme avant!»et«Cequiestditdansle film nous concerne tous. »
Pourtant, l’idée même qu’une caméra s’installe au cœur de l’entreprise, au plus près du travail, n’allait pas de soi. La perception de nombreux salariés sur les images de leur travail est souvent négative. Trop proches du reportage, elles survolent le sujet, ne vont pas au fond des choses. Lors de ces projections, des cheminots se sont découverts. Ils ont pris conscience, dans sa globalité, du processus qui défait sournoisement le service public. Ils se sont même reconnus à l’intérieur de ce mouvement de division qui affecte le contenu et le sens du travail. Si quelques spectateurs ont regretté une réalisation trop peu « militante », l’accueil par les cheminots est, d’une manière générale, enthousiaste. Un protagoniste du film, peu enclin à participer au tournage, confia : « Ce qui me plaît, c’est qu’ils ont fait un vrai film. »


Aujourd’hui, Cheminots sort en salle. Une perspective dont l’évidence s’est imposée par l’accueil réservé au film par les cheminots, le public des festivals où le film fut présenté et les professionnels. Une perspective rendue surtout possible grâce à la rencontre avec Shellac.
Aujourd’hui, peu de Comités d’Entreprise s’engagent dans une démarche culturelle. Pour le Comité d’Établissement Cheminots Provence - Alpes - Côte d’Azur, l’aboutissement d’un projet de cette envergure prouve que nos institutions ont un rôle unique et capital à jouer dans la culture. Cheminots révèle un cinéma qui questionne et tisse un lien précieux pour trouver des réponses à la hauteur des enjeux que posent la transformation du travail et l’affaiblissement des services publics.

Les premières projections du film ont toutes été des moments de rencontre entre des spectateurs d’horizons divers, rompant ainsi avec ce sentiment d’isolement et d’impuissance qui domine parfois.

Aujourd’hui dans les salles de cinéma, Cheminots ouvre la voie à se rencontrer pour inventer de nouveaux possibles.

Jacques Mollemeyer Secrétaire du Comité d’Etablissement Cheminots
Provence - Alpes - Côte d’Azur